Le
moteur Pantah constitue sans l’ombre d’un doute l’une des plus grosses réussites
de toute l’histoire passionnante de l’usine Ducati. Et s’il n’avait pas été
développé pendant un contexte difficile, une gloire encore plus importante l’aurait
certainement poussé plus haut encore. Malgré ce les versions courses du moteur
Pantah enregistrèrent quatre titres successifs de champion du monde en catégorie
F2 (de 1981 à 1984).
La saga du moteur Pantah
démarra vraiment en 1974 lorsque l’usine décida de s’orienter dans une voie
future délaissant les monocylindres et les 750 bi-cylindres en L. Financièrement
la production des moteurs de moins de 860 cc équipés des couples coniques n’était
pas avantageuse.
Fabio Taglioni ne voulut
pas entendre parler de monocylindres et il vit la solution sous une forme qui
avait déjà fait ses preuves sur quatre roues : l’utilisation de la courroie
crantée. En remplacement du couple conique, cette technologie apportait en effet
trois avantages : coût, fiabilité et réduction sonore. De plus la courroie
crantée avait été utilisée sur la Morini 350 Vtwin de 1972.
Taglioni avait lui
même expérimenté cette technique au début des années 70 sur le prototype de
500 Vtwin de GP qui utilisa pendant une courte période un 4 soupapes à double
ACT et une courroie crantée (testée par Spaggiari en 73). Et bien que l’ingénieur
ait toujours revendiqué que le moteur Pantah serait exclusivement destiné à
une version 500 bi-cylindre, il souhaitait en réalité utiliser une base commune
utilisant la courroie crantée pour décliner toute une gamme de motos faisant
appel à un concept modulaire permettant d’inter changer des pièces. Cette idée
s’avéra indéniable lorsqu’au salon de Milan 1977, le prototype de la future
500 Pantah fut dévoilé, en même temps que deux motos partageant un 350 monocylindre.
Ce dernier moteur était basé sur le cylindre arrière du prototype Pantah et
reprenaient nombre d’autres éléments. Ces deux motos étaient la Utah
(version trail) et la Rollah (version
routière). Mais elles étaient surtout annoncées comme base au développement
d’un futur 250 tandis que le moteur 500 pourrait devenir un 600 puis un 750
cc.

Les trois prototypes
étaient munis de cache courroies en alliage, les cylindres étant en aluminium
et recouverts de Gilnisil. La 350 développait un alésage/course de 84 x 64.4
mm, celui de la 500 étant de 74 x 58.8 mm. Beaucoup de composants étaient identiques,
notamment au niveau de la transmission. Les soupapes d’un angle de 60° étaient
plus petites que celles employées sur les 250 mono (33.5 mm à l’échappement
et 37.5 mm à l’admission contre 36 mm et 40 mm sur ces dernières).
Le vilebrequin était d’une seule pièce mais modifié car sur les moteurs 860
cc les casses à hauts régimes durant les compétitions n’étaient pas rares.
Du fait des besoins importants de pression d’huile, une nouvelle pompe à huile
fit son apparition. Et pour la première fois dans l’histoire de Ducati, le filtre
à huile était de type automobile et non plus de type cartouche en papier. Il
était en relation avec un témoin de niveau sur le côté droit du carter.
La culasse retient
bien entendu la commande desmodromique des soupapes.

2. APPARITION DE LA 500 SL - 1979:
Mais
aucune de ces spécifications n’apparut avant 1979, lorsque Ducati fut réorganisé
par l’état italien pour appartenir au groupe « VM Group ». Et le projet
ambitieux de décliner son moteur Pantah en 250 et 350 cc monocylindre ne fut
pas retenu par les décideurs financiers. Néanmoins on donna le feu vert à Taglioni
pour qu’il puisse lancer la 500 Pantah SL, la première Ducati équipée de courroies
crantées. La machine était très proche du prototype présenté deux ans plus tôt :
498.9 cc, 74 x 58 mm d’alésage course, et des courroies crantées à 68 dents
fabriquées par Uniroyal.
Le taux de compression
était de 9.5 à 1 et la puissance au vilebrequin atteignait 52 cv à 9050 tr/min
(48.87 cv à 9000 tr/min à la roue).
La boîte de vitesses
était munie de cinq rapports et les lois sur les restrictions sonores imposèrent
l’adoption de silencieux Silentium très castrateurs. Mais avec ses carburateurs
Dell’Orto PHF de 36, la Pantah 500 SL atteignait 196 km/h et offrait un couple
de 4.07 kg/m à 8000 tr/min.
A l’avant une fourche
Marzocchi de 35 mm prenait place au milieu d’un tête de fourche tandis qu’à
l’arrière le bras oscillant résultat d’une combinaison entre ancien et nouveau.
Un garde-chaîne fut monté pour éviter les contacts durant le travail des suspensions.
Les amortisseurs arrières étaient des éléments Marzocchi AG Strada à cinq positions.
Les roues avant et
arrière de 18’’ étaient de marque FPS, en alliage de finition dorée. Les disques
de frein ventilés étaient des Brembo de 260 mm.

L’alternateur était un 12 v, l’unité de 200 w chargeant une batterie Yuasa de
14 amp/h.
L’allumage ne faisait plus appel à un élément Ducati Elettrotechnica mais était
un système Bosch BTZ et cette moto était dépourvue de kick. Un phare Bosh et des
roues ainsi qu’un système d’échappement chromé étaient les autres éléments de
la moto, les équipements et instruments étant les mêmes que ceux de la 900 SD
Darmah.
Le réservoir utilisait un système à verrou tandis
qu’une trousse de dépannage prenait place dans le petit compartiment situé derrière
la selle.
La toute première Pantah 500 SL de 1979 reçut
une finition rouge avec des bandes blanches et un cadre noir.
3 . LES EVOLUTIONS
ET LA 600 SL :
La version 1980 reçut une livrée bleu glacé et
surtout une nouvelle selle similaire à celle de la MHR : en retirant une
partie le pilote pouvait alors opter pour une configuration mono ou biplace.
Sur ces modèles ’80, les garde boue reçurent un traitement noir.
Mis à part quelques problèmes de connections
reliées au système de démarrage, les problèmes touchaient la boîte de vitesses
sur les Pantah 500 construites au milieu de l’année 1981 ainsi que sur le bras
oscillant.
Durant l’année 1981 fut présentée la Pantah 600
SL. Le carénage fut modifié en douceur (moins anguleux) pour s’adapter aux attentes
du marché tandis que le garde boue avant était totalement redessiné. Le carénage
fut en outre peint d’une couleur argent avec des filets rouges et bleus. Les
logos « Ducati » et « Desmo » étaient de couleur noire.
La version 600 cc avait été obtenue en poussant l’alésage à 80 mm, ce qui conduisit
à l’obtention d’une cylindrée exacte de 583 cc. La puissance grimpa de 6 CV
pour atteindre 58 CV au vilebrequin (52 CV à la roue). Le poids passa de 183
à 188 kg et la vitesse maximale approchait à présent les 202 km/h. Mais les
modifications ne s’arrêtaient pas là. Premier avantage : le couple amélioré
(5.17 kg/m à 7500 tr/min) permettait de meilleures reprises ainsi que de meilleures
accélérations. Pour en profiter pleinement, la 600 SL avait besoin d’une autre
transmission. Elle reçut également un embrayage hydraulique et une boîte de
vitesses améliorée qui fut ensuite adaptée sur la 500 SL.
Tiré du numéro d'avril 1982 de SuperBike:
" (…) La puissance maximum de la 600 continue de déferler jusqu'à 8500
tr/mn. Le plus significatif par rapport à la 500 constitue les modifications
de transmission qui permettent à la 600 ces performances. On apprécie la 600
Pantah. Une 750 est prévue, et elle promet déjà beaucoup Après tout, la 600
2ème génération (F2) permet déjà d'atteindre les 70 chevaux, une
puissance suffisante pour une moto légère. La 750 aura pourtant fort à faire
pour faire de l'ombre à la 600. C'est le problème lorsqu'on essaye d'améliorer
quelque chose qui est déjà au top niveau. Espérons simplement que cette 600
aura le temps de laisser sa marque avant l'arrivée de la nouvelle".
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4. L’ARRIVEE DE CAGIVA, LA 650 SL :
1983 marqua la fin
(officielle) des activités de Ducati comme producteur de motos. L’usine continua
toutefois à fabriquer des moteurs pour le compte de Cagiva. Aux USA, seules
13 machines furent importées (600 TL, SL, 900 SD, 900 S2 et 900 MHR).

En Grande Bretagne il n’y en eut que 12 en 1984 (900 S2 et 900 MHR) alors que
pas une seule ne fut importée cette année là aux USA.
Dans la confusion des
déclarations contradictoires sur la nature des accords signés avec Cagiva, une
650 SL Pantah fut présentée au salon de Milan.

La 650 constitua le
dernier modèle Pantah mais la base de ce moteur allait encore vivre très longtemps
sur de nombreux modèles…
|
|
500 SL |
600 SL |
650 SL |
|
Alésage x Course |
74 x 58 mm |
80 x 58 mm |
82 x 61.5 mm |
|
Cylindrée |
498.89 |
583.08 |
649.56 |
|
Taux de compression |
9.5 à 1 |
10.4 à 1 |
10 à 1 |
|
Puissance maxi |
52 cv à 9050 |
60 cv à 9100 |
66 cv à 9000 |
|
Couple maxi |
4.07 à 8000 |
5.17 à 7500 |
- |
|
Taux de transmission
primaire |
2.258 |
2.225 |
2.225 |
|
Taux de transmission
secondaire |
2.400 |
2.400 |
2.400 |
|
Pneu AV |
100/90 x 18 |
100/90 x 18 |
100/90 x 18 |
|
Pneu AR |
110/90 x 18 |
110/90 x 18 |
110/90 x 18 |
|
Frein AV / Frein AR |
2 x 260 / 260 |
2 x 260 / 260 |
2 x 260 / 260 |
|
Hauteur de selle |
760 |
760 |
760 |
|
Longueur |
2150 |
2150 |
2150 |
|
Largeur |
660 |
660 |
660 |
|
Garde au sol |
165 |
165 |
165 |
|
Poids |
180 |
188 |
188 |
- Bi-cylindre 4 t en V à 90° refroidi par air
- 600 cm3
- 2 simples arbres à came entraînés par courroies crantées
- Commande desmodromique des soupapes
- 78 ch/10 500 tr/mn
- Carburateurs Dell'Orto de 0 40 mm
- Embrayage à sec
- 5 vitesses
- Cadre treillis tubulaire, moteur suspendu
- Suspension AR. cantilever
- 130 kg
Un an après l'apparition de la Pantah, Ducati sort cette agressive version course qui sera championne du monde en 1981 aux mains de Tony Rutter dans la formule TT 2 limitée à des 600 cm3 extrapolées de la série. La partie cycle spéciale fait appel à un original cadre en treillis de petits tubes auquel est suspendu le moteur. La suspension arrière est du type "cantilever" avec un amortisseur unique disposé sous le réservoir. La mécanique à été revue : courroies de distribution à l'air libre, carburateurs plus gros et embrayage à sec dans un carter magnésium. Grâce à des fourreaux de fourche avant et des roues à branches du même métal, la TT 2 n'avoue que 130 kg et bénéficie ainsi d'un rapport poids-puissance très favorable face aux machines japonaises auxquelles elle est confrontée.
La recette semblait bonne car les évolutions de ce bi-cylindre Pantah montées dans un cadre calqué sur celui de la TT 2 ont dominé le championnat du monde Superbike du début des années 90 avec Raymond Roche. Les modèles 750 et 900 SS de production de l'époque sont elles aussi bâties sur le même moule.
Pour plus de détails sur la TT2 et la TT1, suivre les évènements racontés ici !